search
top

Le Business du livre

Résumons-nous

Je pense qu’une grande partie d’entre vous sait déjà tout ça, mais histoire de partir tous sur les mêmes bases, voilà comment s’articule la vie d’un livre publié en général.

La base d’un livre, c’est le tapuscrit. Admettons que vous avez travaillé et que vous envoyez votre précieux résultat à un éditeur. On l’appellera Hechatte pour ne pas citer de marque 😉

Chez Hechatte, ils reçoivent environ 20 manuscrits par jour. Donc vous vous doutez bien que ce n’est pas le responsable éditorial qui va lire tout ça. Il n’aurait plus le temps de bosser, ce pauvre Bernard. Donc, il y a un comité de lecture qui va se retrouver avec tout ça à lire. Des lecteurs (dont ce n’est pas forcément le métier, ça peut être des stagiaires ou des bénévoles qui aiment lire simplement, ou parfois le petit cousin…) vont lire votre tapuscrit. Ils vont remplir une fiche de lecture et noter quelques points, dépendants de l’éditeur, mais parmi lesquels on retrouvera la lisibilité, l’orthographe, les qualités du scénario, des personnages, etc… Et évidemment beaucoup de subjectif ^^

À ce stade, il n’y a pas UNE politique. Certains éditeurs attendent d’avoir quatre ou cinq fiches, d’autres se contentent de la première, des fois le comité se réunit pour discuter de l’œuvre et d’autres fois les lecteurs ne savent même s’ils sont seuls ou pas à lire. Mais le principe reste le même, globalement votre roman, même si il a été lu, ne l’a que rarement été par l’éditeur. Il vous faut d’abord convaincre le videur à l’entrée, en gros.

Si le comité de lecture donne un avis favorable à votre oeuvre, alors l’éditeur va lire votre travail. Là, déjà, il y a eu un sacré écrémage. Je n’ai pas de chiffre officiel (vous vous doutez bien que ça n’existe pas), mais on peut dire que 95 à 98% des manuscrits finit à la benne. Ou au retour courrier, peu importe.

Des fois vous avez de la chance, on vous met un petit courrier explicatif sur ce qui n’allait pas ou du moins, selon le point de vue du comité de lecture. La plupart du temps vous avez une lettre type.

Donc l’éditeur. Petit rappel : chez Hechatte, qui est une grande maison d’édition, il n’y a pas un mais bel et bien des éditeurs, ou responsables éditoriaux. Parfois spécialisés dans un style ou un autre. L’éditeur lit le fameux texte et décide si ça lui plait ou pas. Plus important, si ça a une chance de marcher ou pas. Car il ne faut jamais perdre de vue et c’est le point le plus important de ce chapitre, mine de rien :

 

Un éditeur ne fait pas de l’art il fait du commerce !!!

 

Donc, votre histoire aura beau avoir fait pleurer le comité par sa beauté, avoir ravivez de merveilleux souvenirs chez le responsable éditorial, si votre œuvre ne correspond pas à ce qui risque de marcher, il ne prendra pas forcément le risque de publier votre texte.

Le métier d’éditeur

C’est là que la différence entre auto-édité et publié entre en jeu. Vous croyez à votre texte et vous voudrez le défendre à tout prix, à tort ou à raison, mais vous n’avez pas forcément la vue d’ensemble du marché. Votre bouquin peut marcher, ou pas.

L’éditeur, c’est son métier, il a des chiffres de ventes plein son ordinateur. Il sait ce que vend la concurrence, les parts de marché, le prix d’un bouquin selon son secteur, etc… Il a le goût de la lecture (des fois), mais lorsqu’il s’agit de business, il se fout que votre roman soit bon ou pas. Il voit un produit et un marché. De l’offre et de la demande. Il agit et réagit en fonction des modes et essaye de les influencer, mais sait bien que son pouvoir, sa marge de manœuvre, est faible.

De temps en temps, un éditeur prend des risques et, souvent, il se plante, donc il ne recommence qu’une fois tous les Trente-six du mois. Le marché du livre, comme tous les marchés de l’art, est un marché complexe.

Quand on est éditeurs, on pense retour sur investissement, comme n’importe quel commerçant.

Il y a des éditeurs qui ne pensent pas comme ça, bien sûr. Ils sont assez rares, finalement, à faire des gros tirages, si c’est ce que vous recherchez.

Après tout, publier un livre, ça coûte cher.

Et voilà pourquoi on a toutes ces légendes sur les éditeurs et le fait qu’ils nous volent nos libertés etc. Ce n’est pas tout à fait vrai. Mais ce n’est pas tout à fait faux non plus.

Je l’ai dit : l’éditeur cherche le profit (oui, sur votre dos, c’est une façon très raccourcie de voir les choses, mais bon…) du coup, il fera ce qu’il faut pour que ça marche. En général, c’est pour le bien de l’histoire quand même. Un chapitre de 23 pages, dans lequel on a juste une description de l’appartement de Marie-Thérèse, a de grande chance de lasser le lecteur. Il le fera donc sauter ou du moins réduire. Vous y aviez mis toute votre âme : il s’en fout ! Si ce chapitre reste, pour lui ça veut dire critique négative et chiffre de vente en baisse. Vous avez écrit un super tome 1 de 1600 pages ? C’est bien pour vous, mais chez Hechatte, on vise un public large, donc on ne fait pas de livre de plus de 600 pages, sinon on ne les vend pas. On va donc le couper en trois tomes ce tome 1. Vous trouvez que c’est un sacrilège ? Il s’en fout : à 1600 pages, il va en vendre 450 exemplaires, maximum. À 600 pages, si le premier tome marche à peu près (à partir d’un millier d’exemplaires) alors c’est bon : on sort les deux autres tomes. Trois tomes à 22€ qui marchouillent, c’est toujours mieux qu’un tome à 26€ qui ne se vend pas.

Je vous l’ai dit : c’est du business. L’art et le business ne font pas toujours bon ménage.

Et cette histoire de droits ?

Il y a une cessation plus ou moins totale de vos droits sur l’histoire. Pour la durée du contrat, l’histoire « appartient » à l’éditeur. Mais vous allez signer un contrat avant. Ce contrat, il ne faut pas le signer les yeux fermés juste parce que c’est marqué Hechatte dessus. À ce stade, il vaut mieux se faire conseiller par un professionnel du droit d’auteurs et compagnie. Il y a tout un tas de clauses sur les cessations de droits, il y a les droits en France, à l’étranger, il y a l’audio, la vidéo, l’adaptation etc… Il faut savoir que tout est marqué dans le contrat et, mine de rien, un contrat c’est négociable 😉

Vous ne pourrez pas demander la Lune, mais si vous voulez quelque chose, c’est à ce moment qu’il faut le demander. Si ça ne vous parait pas clair, c’est pareil : on demande avant de dire oui. Ensuite, vous serez un employé de Hechatte et vous devrez bosser pour un patron.

Mais c’est partout pareil ?

Bah non, ma p’tite dame, ce n’est pas partout pareil. En général, chez les grands, on retrouve peu ou prou le même fonctionnement que je viens de décrire. Mais chez les petits éditeurs (et ils sont très, très nombreux) on retrouve de tout. On aura l’éditeur qui bichonnent ses auteurs et va travailler pendant plus d’un an à tout reprendre ensemble pour sortir un texte qui va correspondre au maximum aux désirs des deux parties. On trouvera aussi l’éditeur qui va prendre le texte et le publier tel que, en espérant que ça marche, et puis ensuite ne pas payer les auteurs. Et puis, on aura toutes les 50 nuances de gris entre le tout blanc et le tout noir. Donc, le raccourci de dire que les petites maisons prennent plus soin des auteurs est tout aussi faux que de dire que les grandes maisons sont des voleurs. De manière générale : les raccourcis, ce n’est jamais bon.

Par contre, ce qui est vrai, c’est qu’en général chez un petit éditeur, les délais de réponses peuvent être aussi long que chez les gros, même s’ils reçoivent dix fois moins de tapuscrit. La raison est simple : les équipes sont plus petites 😉

Comment vivre de sa plume ?

À cette question, je répondrai : en faisant autre chose que d’écrire.

Même chez les gros éditeurs reconnus, il semble qu’il y a énormément de livres qui ne dépassent pas les milles exemplaires en trois mois (temps moyen d’exploitation d’un livre en librairie). Pourtant, ils sont disponibles dans toutes les librairies et bénéficient d’une grosse machine commerciale derrière. La faute à qui ? Au nombre toujours croissant de livres qui sortent (204 par jours, en moyenne en 2013 selon la BNF). Je pense que le chiffre de mille exemplaires, s’il est vrai ne l’est pas partout. Mais les chiffres de la BNF parlent d’un chiffre moyen de vente autour de 5 à 6 000 exemplaires (mais en prenant en compte les têtes d’affiche qui en vendent des millions…). En comptant 2€ pour l’auteur et en étant extrêmement généreux, on a quand même du mal à avoir un salaire annuel correct pour vivre.

Ensuite, vous allez me dire « oui, mais si l’éditeur payait mieux ses auteurs ! ». Eh bien, soyons clair une fois encore : Hechatte ne peut pas se permettre de vous payer beaucoup plus.

Voici, en moyenne comment est réparti le prix d’un livre vendu 20€ en librairie :

  • 6,60€ reviennent au libraire
  • 4,40€ iront au diffuseur/distributeur
  • Entre 3,40 et 5€ vont dans la poche de l’éditeur
  • 2€ pour l’imprimeur
  • Entre 1,60 et 2,40€ vont à l’auteur
  • 1,10€ est destiné à la TVA

Ceux qui gagnent le plus, ce sont les libraires (eh ouais…). Ce qu’il faut savoir, c’est qu’avec sa part, l’éditeur doit payer ses propres charges (employés, locaux, stock s’il en a, …) et surtout la promotion. Pour information, une pub dans un journal gratuit comme le 20 minutes (pour ceux qui vivent dans une grande agglomération Française) ça peut aller chercher jusqu’à 20 000€. Une pub dans les couloirs du métro, c’est encore pire et elles sont vite vandalisées. Bref, la pub ça coûte de l’argent. Voilà pourquoi on ne fait pas beaucoup de pub pour les débutants et pourquoi leurs livres se vendent un peu moins bien. Il reste bien sûr les exemplaires de presse donnés aux blogueurs et aux journalistes. Ce n’est de la pub gratuite? Ça coute un exemplaire, plus les frais postaux. Sans oublier que les blogueurs sont des gens comme les autres. Ils vont recevoir le livre certes, mais ce n’est pas pour autant qu’ils en parleront et s’ils le font, ça ne sera pas forcément en bien…

Business Business

Vous y voyez un peu plus clair j’espère ?

Attention, je ne dis pas que les éditeurs sont tous des anges qui pensent au bien-être de leurs auteurs. Ce que je dis, et je pense qu’il est important de le comprendre avant d’envoyer son tapuscrit, c’est que les éditeurs ne font pas dans l’humanitaire. Ils ont besoin de vivre et répondent donc à des contraintes de marché. Si vous entrez dans ces contraintes vous serez publiés. Sinon, c’est moins sûr.

Voilà pourquoi on se retrouve avec Guillaume Musso en tête des ventes et pas Drew Karpyshyn. Voilà pourquoi on a du vampire diaries et du Twilight et que la plupart des bouquins de vampires sont de la bitlit : ça marche !

Voilà aussi pourquoi il y a de plus en plus de gens qui s’auto-éditent. Au moins, ils ont la certitude d’avoir la fierté d’être sur les étagères d’une librairie. Même si ce n’est qu’une seule librairie 😉

Share

Leave a Reply

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

top